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Interview – Rallye Aicha des gazelles 2021

Depuis trente ans, ce rallye exclusivement composé d’équipes féminines, traverse le Maroc. Reporté à cause de la pandémie mondiale, le rallye s’est finalement déroulé du 17 septembre au 2 octobre 2021. Le binôme de gazelles SNCF, Céline Michoux et Lucie Paput avaient répondu à quelques questions avant leur participation prévue en 2020.  Aujourd’hui, elles reviennent sur leur aventure, leurs apprentissages et les impacts de la pandémie.    Que retenez-vous de cette aventure ?  Céline : « C’est…

Publié le 08/11/2021 à 15:00

Depuis trente ans, ce rallye exclusivement composé d’équipes féminines, traverse le Maroc. Reporté à cause de la pandémie mondiale, le rallye s’est finalement déroulé du 17 septembre au 2 octobre 2021. Le binôme de gazelles SNCF, Céline Michoux et Lucie Paput avaient répondu à quelques questions avant leur participation prévue en 2020. 

Aujourd’hui, elles reviennent sur leur aventure, leurs apprentissages et les impacts de la pandémie. 

 

Que retenez-vous de cette aventure ? 

Céline : « C’est très riche d’enseignements. On en apprend beaucoup sur nous. 

On est féministes et le rallye c’est l’occasion de mettre en pratique des valeurs qui nous tiennent à cœur comme la sororité car on s’entraide au quotidien, entre femmes. Cela est encouragé par le fait que des points de pénalité nous sont attribués si nous faisons appel à la mécanique/à l’organisation, en cas de panne par exemple, mais pas lorsque nous nous entraidons entre équipes. 

C’est un voyage exceptionnel. Nous arrivons dans un coin du Maroc assez pauvre où nous devons apprendre à vivre sans « rien » ; pas de téléphone, d’informations, de musique ni même de parfum et on le vit très bien. On est dans une bulle, dans un cocon. Tout le monde est ultra sincère et les carapaces explosent. Tu n’es que la personne que tu es vraiment, sans mensonge. 

J’ai acquis des compétences comme la navigation, l’orientation dans un désert et j’ai appris sur moi-même ; je ne panique pas face à un événement stressant, comme un ensablement, et je ne me décourage pas. 

Je ne pensais pas être compétitrice mais j’y ai gouté et ça m’a plu ! Il y a un côté chasse au trésor très plaisant. » 

Lucie : « Je rejoins Céline sur le fait que le rallye est vraiment une aventure exceptionnelle, où, lorsque l’on part pour la première fois, nous sommes novices dans un domaine qui nous est alors presque inconnu et où l’on va chercher une expérience humaine avant tout. 

Puis finalement on se prend très vite au jeu, on se découvre une passion pour la navigation à la carte et boussole, on s’aventure sur des terrains inconnus, et le dépassement de soi prend le dessus sur tout le reste. Une vraie parenthèse, dans le tumulte de la vie quotidienne, où nous sommes là uniquement pour penser à ce que nous avons à faire et profiter à 100% de chaque moment, chaque échange et chaque paysage. » 

 

Quel est votre meilleur souvenir ? 

Céline : « Il faut savoir que dans la catégorie « électrique » on se connait toutes et on est très soudées. On fait le même parcours et un jour, lors d’une étape, on arrive toutes à la même heure à notre dernier check point. A 500m, deux gazelles font signe qu’elles sont en panne.  

Sans un mot, ni une ni deux, on est toutes parties les pousser. On aurait dit une armée de gazelles qui marchait dans la même direction. Les deux gazelles en panne étaient très touchées. C’était un mouvement émouvant qui représente bien l’entraide des gazelles. » 

Lucie : « Il est vrai que les rencontres et la cohésion de groupe de notre catégorie fut ce qui nous a vraiment marquées. Et nous avons beaucoup d’anecdotes et de souvenirs en ce sens, aussi bien durant l’épreuve que lors des moments passés sur le bivouac qui resteront ancrés en nous. 

Le rallye a été tellement riche d’émotions diverses, d’épreuves, de rencontres, de paysages que j’ai du mal à choisir ce que je définirai comme « le meilleur ». Ce qui est sûr c’est que je n’oublierai rien de cette aventure car finalement mon meilleur souvenir est d’avoir eu la chance de la vivre. 

 

Au contraire, quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontrée(s) ?  

Céline : « Je me souviens d’un jour en particulier où on était sur une bonne lancée avec un bon classement et on est tombées en panne. J’ai senti une odeur de brulé et les gazelles derrière nous nous ont averties que notre roue arrière gauche avait un problème ; elle était complètement désaxée. La maintenance basique n’avait pas pu être faite par manque de ressources.  

Des mécaniciens sont venus et pendant 3 heures on ne savait pas si on allait pouvoir repartir. C’était très frustrant car on ne pouvait rien faire, par manque de compétences. 

Heureusement cela devient un bon souvenir car nous avons finalement été remorquées par le camion « plateau » qui récupère la voiture pour l’emmener auprès de notre loueur. Le trajet était rocambolesque et mémorable ! 

Nous n’aurions jamais vécu ce moment sans la panne ! » 

Lucie : « Les pannes sont vraiment des difficultés où nous n’avons pas la main mise dessus et ça peut effectivement être frustrant de devoir se stopper net dans notre lancée. 

En dehors des pannes, ce qui m’a marqué c’est la prise de conscience qu’il faut vraiment apprendre à se faire confiance.  

Je me rappelle ce jour où nous sommes restées durant plus d’une heure dans une zone entre 3 montagnes dans notre dos et une mer de sable devant nous à devoir prendre une décision sur le cap à suivre. Ceci car dès le départ je n’ai pas voulu me faire confiance. J’avais trouvé le bon cap, mais par manque de confiance ou attirance quelconque, je ne l’ai pas suivi et nous sommes parties dans une direction prise par d’autres véhicules. Ainsi durant 1h, je m’en suis voulu de ne pas avoir suivi mon instinct et nous étions devant cette décision de continuer en retrouvant notre cap initial ou faire demi-tour. 

Nous avons finalement continué pour ne pas revenir sur nos pas. Nous avons pu terminer la journée en récupérant toutes nos balises, mais ce jour j’ai vraiment appris qu’il est important de se faire confiance. Ce que nous avons appliqué à 200% à partir de ce moment-là. 


Quels ont été les impacts de l’épidémie de Covid-19 sur votre motivation ? Est-ce que ça a changé des choses dans votre approche au rallye ?
 

Céline : « Notre grosse crainte était que le rallye soit annulé. On pensait que l’organisation allait peut-être manquer d’argent pour maintenir leur entreprise. On savait le loueur de voitures en difficultés financières aussi. Mais ils nous rassuraient chacun leur tour. 

Et puis personnellement on s’est accrochées car le rallye c’est un rêve et on ne dit pas non à son rêve aussi rapidement. On était persuadées qu’il y aurait quand même un événement, peut-être dans un autre pays, en Europe. On s’était beaucoup investies et on a eu raison d’y croire car cela a eu lieu ! 

Tout cela nous a permis d’en profiter encore plus. Ça faisait deux ans que je n’avais pas pris l’avion. Tout est l’occasion d’émerveillement. La vie c’est les voyages. On est des gazelles, on rebondit. » 

Lucie : « Cette pandémie nous a fait passer de 3 mois de préparation à presque 2 ans, temps durant lequel nous sommes passées par tous les ressentis possibles. De la déception à l’excitation, de la précipitation à la réflexion, de la lassitude à la motivation, quoi qu’il en soit on était sûres d’une chose ; nous allions aller au bout de ce projet sans abandonner. 

Il a malgré tout fallu mettre de côté certains projets ou événements dans notre vie personnelle pour laisser la place à cette aventure, mais de ce fait on a décidé de profiter encore plus de cette 30ème édition pour ne rien regretter et vivre pleinement chaque instant. 

Je ne sais pas comment aurait été cette édition sans la Covid-19, mais ce que je sais c’est que la fête de clôture a été exceptionnelle car nous pouvions enfin dire « Nous l’avons fait ! ». 

Des choses à ajouter ?  

Céline : « Le rallye c’est l’occasion de mettre à l’honneur des femmes dans un environnement habituel masculin, le sport automobile, cela met à l’honneur le travail des femmes. 

Sur le bivouac il n’y a aucune différence entre les gazelles. Certaines sont plus connues que d’autres mais il n’y a pas de traitements de faveur. Il y a plein de professions différentes (libraire, cheffe d’entreprise, médecin, femme au foyer…) et de nationalités (japonaise, marocaine, française…). Tout le monde est ouvert et à envie de faire des choses !

Et on s’est bien entendues avec Lucie ! Nous avons été bien choisies par l’équipe qui portait le projet et c’est plutôt flatteur. 

Lucie c’est une amie maintenant. On projette déjà de faire un autre rallye ensemble qui serait complètement l’opposé car il s’agit du rallye le plus froid d’Europe, le Viking Rally. » 

Lucie : « J’ai fait beaucoup de découvertes durant ce rallye, que ce soit humainement ou personnellement, autant dans les épreuves, que dans les valeurs défendues. Ce sont des moments de vie et des rencontres extraordinaires que nous n’oublierons pas. 

Le contraste entre la modernité de conduite d’un véhicule électrique, et ce milieu aride, hostile et peu développé économiquement qu’est le désert, est assez surréaliste mais à la fois fascinant.  

L’implication de l’entreprise dans ce type de projet est une vraie opportunité de donner de soi pour défendre des valeurs communes. Le Rallye Aicha des Gazelles nous a permis de rencontrer de nombreuses femmes inspirantes dans l’entreprise, dont « ma » gazelle Céline avec qui l’aventure ne fait que commencer…